Festival du Bustan : Dans la famille Khalifé, je demande le fils Rami MUSIQUE FESTIVAL AL BUSTANCONCERTEDITO MNS 25/02/2026|Myriam Nasr Shuman pour l’Agenda culturel

Sous le signe de « Family & Friends » s’est ouverte la 32e édition du Festival international du Bustan. Ce rendez-vous, qui habille nos soirées hivernales, se maintient malgré les mauvais vents et les grosses tempêtes, pour le plaisir de tous.

Laura Lahoud, vice-présidente du festival et ministre du Tourisme, déclare : « Après des années marquées par l’incertitude, cette édition tourne son regard vers ce qui demeure : les liens qui nous unissent, les relations qui nous façonnent, et les filiations artistiques transmises d’une génération à l’autre. En musique, comme dans la vie, chaque note porte une mémoire, chaque interprétation naît de la confiance, de l’écoute et de l’expérience partagée. »

Une saison qui s’ouvre sur des notes orientales, un hymne national chanté à tue-tête par tous, et un concert dédié à nos frères du Sud. Le ton est dit.

C’est devant un parterre de ministres, d’ambassadeurs et de personnalités des sphères politique, sociale et culturelle que Marcel Khalifé, assis en patriarche au milieu de la scène, a pris la parole et mené le concert. À ses côtés : son fils Rami, venu d’Australie, puis son neveu Sary, venu de France, rejoints ensuite par Charbel Rouhana et Nadim Rouhana, parents et complices de scène. En bonne famille libanaise, celle-ci aussi est éclatée. À deux reprises, Marcel Khalifé a lancé : « On ne trouve pas notre place dans notre pays. » Rami, merveilleux au piano, a d’ailleurs composé un morceau sur le thème des océans et de l’exil. Son cousin lui répond au violoncelle, tandis que Marcel Khalifé demeure au centre, dans l’obscurité, comme un point d’ancrage. Sur les deux rives de la scène, les styles se mêlent, les voix instrumentales se répondent. Et cette famille éparpillée, réunie le temps d’un concert, nous renvoie à nos propres réalités : celles d’harmonies familiales que l’on rêve de retrouver lors de nos déjeuners dominicaux, quand les tables restent, invariablement, vides.

Le moment fort fut le « Requiem for Beirut » de Rami Khalifé, une œuvre écrite en écho au CRIME du port de Beyrouth du 4 août 2020. Seul sur scène, il nous a offert un instant d’émotion intense. Il nous a tour à tour entraînés dans la violence de l’explosion, l’hébétude du choc, la colère, une immense colère, puis le chagrin infini au souvenir des êtres disparus. Le tout porté par une mélodie furieuse et poignante, la musique pouvant exprimer ce que les mots ne savent plus dire.

Un moment si puissant qu’il a fait dire au ministre de la Justice, à l’issue du concert, qu’il faudrait que ce requiem soit joué sur le lieu même du CRIME.

Pendant le concert, je pensais à l’audience. À quoi pensaient ces hommes et ces femmes politiques aux cruciales responsabilités, mais pris et empêtrés dans les drames de notre quotidien, pendant que tant de jeunes et de talents sont poussés vers l’exil ? Puis j’ai aussi pensé à cet artiste, critique et journaliste irakien, passé à notre bureau hier pour se procurer notre carte culturelle de Beyrouth. Pour lui, Beyrouth est un phare de culture et d’ouverture, et il n’était pas revenu depuis 2019. Il me regarde dans les yeux, avec un regard teinté d’incrédulité, de gêne et d’incompréhension, et il me demande : « Qu’avez-vous fait de votre ville ? »

Ce soir, la réponse était sous mes yeux. Beyrouth s’est éclatée. Elle essaime à tous vents ses talents sur toutes les rives du monde, puis les rassemble le temps d’un festival. Et, pour l’instant, c’est celui du Bustan qui nous les rend.

Consultez le programme du Festival en cliquant ici

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