Evidemment, cela semblait complètement fou d’organiser une masterclass avec un instructeur anglais, des élèves venant de différents coins du Liban, le tout pour interpréter, l’air éthéré et les yeux blancs, des airs de musique anglaise de la période Elisabéthaine… Il fallait bien commémorer les 400 ans de la disparition de John Dowland, épicentre du patrimoine musical anglais de la Renaissance, le tout pendant que le ciel nous tombait sur la tête.
Evidememment les fâcheux ont considéré que c’était de la folie et ont pris des airs de vertu offensée. Ceux-là mêmes sont venus au concert qui, samedi 7 mars, comptait 80 personnes, félicitant les organisateurs d’un air pénétré et grave « pour leur courage ». En fait il ne fallait pas beaucoup de courage, juste un peu de déni. Et au bout de 51 ans de guerres multiples, notre génération assume son déni avec panache. Eh bien oui nous chanterons Schubert et Dowland pendant que le Moyen-Orient se re-configure. Après tout, tandis que les hommes redevenaient poussière, leur musique, elle, a bien survécu à toutes sortes de cataclysmes, non ?
Mais ceux qu’il faut vraiment féliciter pour leur courage, leur passion et leur ténacité, c’est tout d’abord le chordophoniste anglais, Sam Brown, venu à Beyrouth sans peur et sans reproche alors que tout ses concitoyens (et les autres) fuyaient comme des lapins. Ensuite, les quatre téméraires élèves, le guitariste Rawad Abi Zeid et les chanteuses Noura Badran, Maya El Khoury et Ghinwa Farah. Ils sont venus imperturbablement à Beit Tabaris suivre l’enseignement de Sam, lui aussi tout aussi imperturbable. Quand la passion de la musique vous saisit, plus rien ne compte et c’est tant mieux. Bravo à tous et à bientôt pour de nouvelles aventures (moins périlleuses je l’espère).
Le prochain événement à Beit Tabaris est une conférence de Joe Letayf sur Berlioz le lundi 16 mars à 17h00. Ne la manquez pas elle promet d’être passionnante et inscrivez-vous à samarbeittabaris@gmail.com


