Alors que dans le cadre de la huitième édition des Musicales du Liban à Paris, ils s’apprêtent à donner un récital très inédit autour des compositrices et poétesses libanaises, le pianiste Georges Daccache et le comédien Bruno Tabbal répondent aux questions de l’Agenda Culturel.
Comment est née l’idée de ce projet très original ?
Georges : Ce n’est pas la première fois que j’interprète les œuvres de nos compositrices. Mais, depuis que les compositrices françaises et occidentales commencent à être mise en lumière ces dernières années, j’ai trouvé normal qu’un projet portant sur les œuvres de nos compositrices libanaises le soit aussi. En préparant le projet, je me suis dit qu’il faudrait aussi inclure nos poétesses libanaises pour créer ce beau dialogue entre les mots et les notes, d’où ma collaboration avec mon ami le comédien et metteur en scène Bruno Tabbal. Un premier concert/lecture avec Bruno, a eu lieu en avril 2025 à Beit Tabaris à Beyrouth. Puis, j’ai donné ce même programme au festival des Nuits d’Orient à Dijon. Je le redonnerai encore au salon de musique de la “Fondazzione Siotto” à Cagliari en Sardaigne le 13 mars prochain, avant de le présenter lors des “Musicales du Liban”, le samedi 21 mars prochain.
Bruno: Tout a commencé avec mon ami Georges Daccache qui m’a contacté en janvier 2025 pour me proposer cette idée de fusion entre la musique et les poèmes tous deux rendant hommage à nos artistes féminines. Ce récital devait se tenir à Beyrouth à Beit Tabaris en avril, avec la précieuse participation de Zeina Saleh Kayali, cette militante pour les arts et la culture. J’ai évidemment dit oui avec enthousiasme ! Et suite au succès que reçut l’édition de Beyrouth, Georges a eu la brillante idée de reproduire un version plus élaborée à Paris. Nous avons donc travaillé dessus, et nous voilà !
En quoi ce concert est particulier pour vous, notamment au vu des circonstances que traverse le Liban ?
Georges : Si on veut tuer un peuple, il faudrait tuer sa culture. Le Liban existerait tant que sa culture rayonnera au Liban et dans le monde. C’est notre mission, nous artistes, de porter haut ce patrimoine artistique et culturel, et de le transmettre aux générations futures.
Bruno: C’est avant tout un acte de résistance par la culture, évidement. Il faut montrer au monde notre rage de vivre et de mettre en avant notre riche culture et nos talents. Dire que nous existons, autre que par les nouvelles de guerre et de destruction. C’est une promotion de notre magnifique pays.
Mais c’est un aussi un vibrant hommage à ces femmes souvent pas très mises sous les projecteurs, ces femmes au talent exceptionnel, et parfois méconnues ou mal connues du public, qu’elles soient poétesses ou compositrices(teures).
Qu’allez-vous y interpréter ?
Georges : Des œuvres de Violaine Prince, Mona Ahdab, Mathilde Hage, Rosa Guraeib, Bushra El Turk, Irma Toudjian, Rania Awada et Rita Ghosn. Le point commun entre elles, est qu’elles vivent toutes en dehors du Liban. L’autre particularité est qu’elles sont encore parmi nous, sauf Rosa Guraeib qui nous a quitté en 2014.
Bruno : C’est un mariage assez subtil, mis en scène, entre des morceaux au piano de Violaine Prince, Mona Ahdab, Mathilde Hage… et des poèmes de Vénus Khoury-Ghata, Andrée Chedid, Nadia Tuéni… dans une simple trame qui servira d’écrin. Georges s’est même prêté au jeu (au sens propre du terme !). Je ne vais pas vous en dire plus, venez, vous serez étonnés !
Georges, comment définiriez-vous le langage musical des compositrices libanaises ?
Il est assez varié et parfois complexe. Nous trouverons le côté romantique (et tonal) chez Rania Awada et Mona Ahdab. L’orientalisme avec une touche française chez Violaine Prince. Le langage musical est plus contemporain chez Mathilde Hage et Bushra El Turk avec un clin d’œil à l’orient. Avec Irma Toudjian, nous faisons un voyage avec la musique minimaliste et répétitive. Les couleurs sud-américaines et latines marquent la pensée musicale de Rosa Guraeib et Rita Ghosn. Donc, c’est une invitation à un tour du monde que nous offre leur musique.
Bruno, comment avez-vous opéré le choix des textes que vous allez présenter ?
Ce n’était pas chose aisée. Que choisir parmi cette archive si riche ? Mais je voulais des styles différents et des tons différents aussi. J’ai essayé de varier autant que possible les sujets traités de même. Après, j’ai remarqué que j’avais inconsciemment créé par mon choix, la trame qui servira de base-fil conducteur au spectacle.
Que faut-il vous souhaiter ?
Georges : Beaucoup de courage, afin de continuer à porter haut et loin “Notre Liban” et sa culture, et la propager partout dans le monde.
Bruno : De persévérer ! D’avoir toujours le courage d’entreprendre ce genre de spectacles. Et que les gens répondent de plus en plus présents. Nous avons besoin de diffuser cet amour pour le Liban le plus loin et le plus fort possible.
A savoir
21/03/2026 à 19h00
Saint-Louis d’Antin – Espace Bernanos, Paris, France


