« Écho du Théâtre » : Des soirées de théâtre et de musique à Jbeil-Agenda culturel 15 septembre 2026 SCÈNE
Du 24 au 28 septembre, « Écho du Théâtre » revient pour une deuxième édition à Jbeil. Quatre soirées dans l’ancienne magnanerie de l’Orphelinat arménien, avec au programme Yahya Jaber et Maria Douaihy, Zeina Daccache et Karim Chebli, Lina Abiad et Jahida Wehbe et un concert offert par l’Orchestre national libanais de musique arabo-orientale.
Il y a le spectacle, bien sûr, mais il y a aussi le lieu. Pour sa deuxième édition, « Écho du Théâtre » retrouve l’ancienne magnanerie de l’Orphelinat arménien de Jbeil, le Birds’ Nest, construite en 1920 au bord de la mer. Un bâtiment chargé d’histoire qui avait accueilli la première édition du festival et qui semble désormais faire partie de son identité. Pendant quatre jours, patrimoine et création contemporaine vont à nouveau s’y rencontrer, avec le théâtre comme principal fil conducteur.
Organisé par l’association « Théâtre de Demain », dont la présidente est Najwa Bassil et sous le patronage du ministère de la Culture et en collaboration avec la Municipalité de Jbeil-Byblos, le festival revient du 24 au 28 septembre après une première édition qui avait rassemblé plus de 1 200 spectateurs autour de quatre spectacles.
La programmation s’ouvrira le jeudi 24 septembre avec El Qornet El Bayda, de Yahya Jaber et Maria Douaihy. Ancrée dans les traditions et l’identité de Zgharta, la pièce fait entrer sur scène les histoires, la mémoire et le patrimoine d’une région, dans cette manière très particulière qu’a le théâtre libanais de partir de l’intime et du local pour raconter quelque chose de beaucoup plus large.
Le vendredi 25 septembre marquera une autre étape importante pour le festival avec le lancement d’une nouvelle création réunissant Zeina Daccache et Karim Chebli, Zeina Libset Khilkhala (زينا لبست خلخالها). En accueillant la naissance de ce spectacle, « Écho du Théâtre » affirme aussi sa volonté de ne pas être uniquement un lieu de diffusion, mais de participer à la création théâtrale libanaise et d’offrir un espace où de nouveaux projets peuvent voir le jour.
Le samedi 26 septembre, le théâtre laissera la place à la musique avec Jahida Wehbe et son concert Sayyidat al-Daw’(سيدات الضوء), « Dames de lumière », consacré aux grandes voix féminines qui ont traversé les époques, d’Oum Kalthoum à Édith Piaf, avec un hommage particulier à la grande actrice libanaise Rida Khoury.
Le dimanche 27 septembre, Lina Abiad présentera Wadad, une pièce qui aborde, à travers un récit personnel, l’une des blessures toujours ouvertes de l’histoire contemporaine du Liban : celle des personnes disparues. Ici, le théâtre devient espace de mémoire et de témoignage, mais aussi lieu où une histoire individuelle peut rejoindre une mémoire collective qui, des décennies plus tard, continue d’interroger la société libanaise.
Note : Cette pièce est produite avec le soutien de la Friedrich-Ebert-Stiftung (FES). La pièce a été initialement produite dans le cadre du programme Women’s Participation in Leadership (WPIL), mis en œuvre par ONU Femmes et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), avec le généreux soutien du gouvernement du Canada.
Enfin, le lundi 28 septembre à 20h30, le festival se prolongera avec « Tagharid », une soirée musicale gratuite organisée à l’initiative de l’association Théâtre de Demain, qui a souhaité inviter le Conservatoire national supérieur de musique du Liban à s’associer à cet événement. Une invitation à laquelle Hiba Al Kawas, compositrice et présidente du Conservatoire, a généreusement répondu, permettant ainsi à l’Orchestre national libanais de musique arabo-orientale de se produire sous la direction du maestro André El Hajj, avec la participation du chanteur Joseph Issa.
Derrière cette programmation se dessine progressivement le projet porté par « Théâtre de Demain ». Fondée en 2023, l’association souhaite contribuer au rayonnement du théâtre libanais, mais aussi à la décentralisation de la vie culturelle, encore très concentrée à Beyrouth. Avec « Écho du Théâtre », elle ambitionne d’installer à Jbeil un rendez-vous annuel où artistes et publics peuvent se retrouver autour de créations libanaises.
L’Agenda Culturel a posé trois questions à Najwa Bassil, présidente de l’association « Théâtre de demain » et organisatrice de l’évènement « Écho du Théâtre »
Après une première édition qui a réuni plus de 1 200 spectateurs, qu’avez-vous appris de cette expérience et qu’avez-vous voulu développer ou affirmer davantage pour cette deuxième édition d’« Écho du Théâtre » ?
La première édition a été pour nous une très belle surprise, mais surtout une confirmation. Réunir plus de 1 200 spectateurs en quatre jours nous a montré qu’il existe, à Jbeil et dans toute la région, un véritable public pour le théâtre et pour des propositions culturelles de qualité.
Nous avons aussi compris qu’un festival ne doit pas simplement être une succession de spectacles. Il doit avoir une identité, créer une rencontre entre les artistes, le public et la ville.
Pour cette deuxième édition, nous avons donc voulu aller plus loin dans cette direction, avec une programmation diversifiée, mais aussi avec la volonté de soutenir la création. C’est notamment dans cet esprit que nous lançons cette année un nouveau spectacle de Zeina Daccache et Karim Chebli.
Nous souhaitons progressivement faire d’« Écho du Théâtre » un événement annuel profondément ancré dans la vie culturelle de Jbeil et de la région. À terme, notre ambition est également d’en faire un festival capable d’accueillir des pièces venues de l’étranger, afin de favoriser les échanges entre les artistes libanais et la scène théâtrale internationale.
Nous souhaitons aussi créer un prix destiné aux jeunes étudiants en théâtre, pour les encourager, soutenir leurs premières créations et contribuer à les lancer dans leur parcours professionnel. Ainsi, « Écho du Théâtre » serait reconnu pour ses choix artistiques, les sujets qu’il ose porter, sa proximité avec le public, son ouverture internationale et son engagement en faveur de la nouvelle génération d’artistes.
Vous avez choisi de revenir dans l’ancienne magnanerie du Birds’ Nest, un lieu patrimonial très particulier au bord de la mer. Est-ce votre volonté d’en faire le lieu permanent du festival et quelle place ce dialogue entre patrimoine et création occupe-t-il dans votre projet ?
Ce lieu a quelque chose d’exceptionnel. Dès que nous l’avons découvert, nous avons senti qu’il pouvait donner une identité très particulière au festival. Cette ancienne magnanerie, au bord de la mer, porte une histoire et une mémoire, mais elle possède aussi une beauté et une atmosphère qui se prêtent merveilleusement au spectacle vivant.
Nous aimons beaucoup cette idée de faire entrer la création contemporaine dans un lieu patrimonial et de lui donner, pendant quelques jours, une nouvelle vie.
Est-ce que ce sera le lieu permanent du festival ? Nous l’espérons. Nous aimerions qu’avec le temps, le public associe ce bâtiment à « Écho du Théâtre », qu’il devienne un lieu que l’on attend de retrouver chaque année. Mais nous aimerions aussi sortir de ce lieu et investir les rues de la ville, afin de les transformer en théâtre ambulant ou en théâtre à ciel ouvert. Jbeil se prête particulièrement bien à ce type de manifestation, avec son patrimoine, ses espaces publics et son atmosphère unique.
Mais notre ambition va même au-delà du festival : montrer aussi que notre patrimoine peut être réinvesti par la culture. Préserver un lieu, ce n’est pas seulement conserver ses murs ; c’est aussi lui permettre de continuer à vivre, à accueillir des personnes, des artistes, des idées et des émotions.
« Théâtre de Demain » place la décentralisation culturelle au cœur de sa mission. Au-delà des quatre jours du festival, quelle est votre ambition pour Jbeil : installer un rendez-vous annuel ou, à terme, créer une véritable dynamique théâtrale tout au long de l’année ?
Notre ambition est clairement d’aller au-delà des quatre jours du festival.
« Théâtre de Demain » est né d’une conviction : la culture ne doit pas être concentrée uniquement à Beyrouth. Les habitants des régions doivent pouvoir accéder à des créations de qualité près de chez eux, mais ils doivent aussi pouvoir participer eux-mêmes à la vie culturelle.
À terme, nous souhaitons donc créer à Jbeil une véritable dynamique autour du théâtre et du spectacle vivant : accueillir des créations, organiser des ateliers, travailler avec les jeunes, favoriser les rencontres avec les artistes et encourager de nouveaux publics à entrer dans le théâtre.
Nous aimerions que Jbeil ne soit pas seulement une ville qui accueille un festival une fois par an, mais qu’elle devienne progressivement un véritable pôle culturel et théâtral, vivant tout au long de l’année.
C’est cela, pour nous, la décentralisation culturelle : ne pas simplement déplacer un spectacle de Beyrouth vers une région, mais créer dans cette région les conditions pour qu’une vie culturelle durable puisse s’installer.
Les spectacles débutent chaque soir à 20h. Réservations auprès de Virgin Ticketing.

