Polémique autour du concert à Beyrouth du prêtre DJ portugais Padre Guilherme, La rédaction de L’OLJ
Deux événements sont prévus lors de sa venue au Liban samedi : une messe à l’USEK et un concert au club AHM.
Prêtre depuis 1999, le quinquagénaire a pris des cours de DJing dans les années 2010 avant de commencer à organiser des soirées dans des clubs dans le but de collecter des fonds pour sa paroisse au Portugal. Padre Guilherme est actif en tant que DJ depuis le début des années 2020 ; ses sets mélangent musiques électronique et religieuse. L’artiste, qui se produit régulièrement en portant sa soutane dans de grands clubs, est mondialement connu et a déjà fait l’objet d’entretiens dans des médias internationaux. Son compte Instagram est suivi par plus de 2,6 millions de personnes.
« La musique électronique permet de parler aux plus jeunes générations », avait ainsi déclaré Padre Guilherme en 2024 à un média catholique suisse. Le dernier de ses événements l’ayant davantage fait connaître date du 8 novembre, lorsqu’il avait tenu un concert pour le 75e anniversaire de l’archevêque Bernard Bober devant la cathédrale Sainte-Élisabeth de Kosice, en Slovaquie. Le pape Léon XIV y avait alors fait une apparition vidéo projetée sur les murs de l’édifice, bénissant la foule rassemblée, reflétant pour certains les efforts de l’Église pour se moderniser et davantage impliquer les jeunes générations. « Je sens que Dieu est avec nous sur la piste de danse », confiait Padre Guilherme au Washington Post en décembre dernier.
« Foi et vibrations »
« Le pape s’est adressé à la foule de jeunes, mais cela ne signifie pas qu’il valide le DJ lui-même », estime pour sa part le père Maurice Gabi el-Khoury, prêtre faisant partie des 18 signataires de l’ordonnance demandant l’interdiction du concert. Des médias locaux affirment que les initiateurs de cette ordonnance seraient déterminés à en venir à des blocages de routes et d’incendies de pneus pour empêcher le spectacle si aucune décision officielle n’était rendue à temps ou ne formulait l’interdiction.
Le programme de Padre Guilherme lors de sa venue à Beyrouth comprend une messe samedi sur le campus de l’USEK à 17h, suivie d’une brève réception, titrées « foi et vibrations ». Le prêtre DJ se produira ensuite, pour la première fois au Liban, au club beyrouthin AHM à 22h30. Signe du succès rencontré par « celui que vous attendez tous » selon la présentation de l’événement, seuls les derniers billets les plus chers sont encore disponibles, à 85 dollars.
L’USEK a pour l’instant maintenu la messe, celle-ci étant ouverte à tous, selon les publications de l’université sur internet. 2nd Sun, en charge de l’organisation du concert prévu à AHM, n’a pas donné suite à notre demande de commentaire, tout comme Padre Guilherme lui-même. « Il n’est pas acceptable que des vêtements et symboles religieux soient utilisés lors d’un concert. S’il se produisait sans sa soutane et en retirant les croix et figures de la Vierge, ce serait différent », commente père Maurice Gabi el-Khoury, pour qui le mélange des symboles religieux et la musique électronique est irrespectueux envers l’Église. Contacté, le père Abdo Abou Kasm, à la tête du Centre catholique d’information, a précisé ne pas être à l’origine de l’ordonnance, souhaitant s’abstenir de tout commentaire.
Ce n’est pas la première fois qu’une telle polémique autour de la religion a lieu au Liban. En novembre dernier, l’humoriste libanais Mario Moubarak avait reçu des menaces de mort pour une phrase d’un de ses sketchs, au sujet de l’enterrement de Jésus. Des internautes l’accusaient de faire de « l’art satanique », bien que la phrase ait été sortie de son contexte selon une source proche de l’artiste, qui précisait qu’il pratiquait cette blague sur scène depuis un an.
Fanatisme et obscurantisme sont contraires au Christianisme et aux enseignements du Christ. Lisez les évangiles!