À l’aube de sa 70e édition, le Festival International de Baalbeck choisit un geste fort et symbolique pour ouvrir sa saison : un ciné-concert hommage à Gabriel Yared, le 24 juillet, en coproduction avec le Festival d’Abou Dhabi. Une soirée pensée comme un pont entre patrimoines et créations contemporaines, où l’image dialoguera avec la musique au cœur des pierres millénaires du temple de Bacchus.
Réunie à Beyrouth, la conférence de presse a été ouverte par le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, qui a salué le partenariat international annoncé. Pour le ministre, cette collaboration s’inscrit comme « une étape majeure » pour renforcer la présence culturelle du Liban sur la scène internationale, tout en réaffirmant son soutien au festival, qu’il a décrit comme un symbole d’excellence artistique et de fierté nationale, capable de tenir debout malgré les crises.
Dans la foulée, Nayla de Freige, présidente du Festival International de Baalbeck, a présenté l’esprit de cette édition anniversaire : « des actions positives, porteuses de beaux projets culturels à venir ». Elle a insisté sur la nécessité, en période d’incertitude, de miser sur l’espoir et la créativité, et a officialisé un partenariat entre deux institutions culturelles : le Festival de Baalbeck et la Fondation de Musique et d’Arts d’Abou Dhabi (Abu Dhabi Music & Arts Foundation – ADMAF). Une coopération destinée, selon ses mots, à mutualiser ressources et efforts pour accroître la promotion et le rayonnement des événements, tout en restant ouverte à de nouvelles opportunités créatives.
Cette relation n’est pas née d’hier : initiée en 2011 sous la présidence de May Arida, elle trouve aujourd’hui son aboutissement dans le cadre des célébrations du 70e anniversaire. Un anniversaire qui entend honorer l’histoire du festival autant que sa capacité à se réinventer.
La fondatrice d’ADMAF, Son Excellence Huda Alkhamis-Kanoo, également fondatrice et directrice artistique du Festival d’Abou Dhabi, a quant à elle, inscrit cette coproduction dans une vision plus large. Elle a rappelé l’« héritage durable » du festival, et a célébré Gabriel Yared « d’origine libanaise et de stature internationale ». Évoquant l’univers de l’artiste, elle a souligné une écriture « enracinée dans l’âme du Liban et les valeurs du Machrek », voyant dans cette rencontre un exemple de partenariats qui « investissent dans la créativité » et participent à une renaissance culturelle.
Le choix de Gabriel Yared pour la soirée d’ouverture s’impose comme une évidence. Compositeur franco-libanais majeur, il est présenté comme le seul artiste libanais à avoir remporté à la fois un Oscar et un César et plusieurs autres prix prestigieux, dont le Prix du Festival d’Abou Dhabi, et son parcours, jalonné de distinctions internationales, a marqué plusieurs décennies de cinéma. Le 24 juillet, il sera au piano aux côtés du Grand Orchestre de Budapest (The MÁV Symphony Orchestra), de solistes européens et de la chorale de l’Université Antonine. Pendant le concert, des extraits de films seront projetés sur les murs du temple de Bacchus, promettant une expérience immersive où la musique live amplifie la force des images.
Intervenant par visioconférence, Gabriel Yared a résumé l’émotion de ce retour aux sources : se produire à Baalbeck est « un rêve » et jouer pour la première fois « au cœur de ces temples millénaires » représente pour lui « une joie immense ». Il a également salué un partenariat qu’il juge « absolument naturel » entre Baalbeck et Abou Dhabi.
Fondé en 1956, porté à l’époque par la vision du président Camille Chamoun, de Zalfa Chamoun et de mécènes passionnés, le Festival de Baalbeck s’est rapidement imposé comme un rendez-vous majeur dans la région. Dès 1957, l’apparition d’un spectacle libanais avec Fayrouz et les frères Rahbani a donné naissance aux Nuits libanaises, révélant au fil des ans de grandes voix et signatures locales. Après l’interruption due à la guerre, le festival a repris en 1997, fidèle à son exigence d’excellence.
Pour ses 70 ans, Baalbeck ne se contente donc pas de célébrer son passé : il mise sur une ouverture ambitieuse, à la hauteur des temples de Bacchus et de Jupiter, un écrin, comme l’a rappelé Nayla de Freige, qui appelle des spectacles capables d’« en égaler la grandeur », afin que la magie s’accomplisse pleinement.