La vie culturelle à Beyrouth s’étant réduite comme une peau de chagrin, l’aubaine d’une conférence de Joe Letayf à Beit Tabaris n’était pas à manquer et plus d’une cinquantaine de personnes s’étaient déplacées malgré ce que l’on appelle pudiquement « les circonstances ».
Deux heures de pur enchantement aux côtés d’un conférencier très en verve, qui tenait à faire découvrir Hector Berlioz (1803-1869), compositeur français de l’époque romantique, injustement ignoré notamment dans sa patrie d’origine, alors que sa musique était interprétée aux quatre coins de l’Europe (Angleterre, Allemagne, Russie…). D’ailleurs, sur son lit de mort, au moment de rendre l’âme, il dira cette phrase restée anthologique : « Je meurs, je vais enfin être joué ».
L’immersion était totale pour le public, entre la faconde, l’érudition et l’humour de Joe Letayf d’une part, et l’intensité de la musique de Berlioz de l’autre. Comme à son habitude, le conférencier avait choisi les extraits musicaux avec soin, faisant à entendre les plus grands interprètes (Herbert von Karajan, Anne-Sofie von Otter pour ne citer que ceux-là). Les œuvres s’enchaînent, la Symphonie fantastique, les Nuits d’été, Harold en Italie, le Requiem, Roméo et Juliette et, pour couronner le tout un large extrait des Troyens, mêlant musique et danse.
Une très belle qualité d’écoute et un public heureux de commenter le propos autour d’un verre de l’amitié comme c’est l’habitude dans la résidence musicale. Et pour résumer ce moment d’évasion et de culture, une observation entendue par les organisateurs à la sortie : « Nous sommes arrivés stressés et angoissés et nous repartons heureux et détendus ». Qui dit mieux ?