Bassem Akiki prend la tête de l’Orchestre de la Radio Polonaise
MUSIQUE Stefania Mina pour l’Agenda culturel 05 septembre 2026

Article aussi disponible en anglais ici

Ce samedi 5 septembre, à 19 heures, Bassem Akiki montera au pupitre du Studio de concert Witold Lutosławski à Varsovie pour ouvrir la saison 2026-2027 de l’Orchestre de la Radio Polonaise. Un concert qui marque officiellement le début d’un nouveau chapitre pour le chef d’orchestre et compositeur libano-polonais, nommé directeur artistique de l’ensemble depuis le 1er septembre.

Pour inaugurer son mandat, Bassem Akiki a choisi un programme qui réunit la compositrice polonaise contemporaine Agata Zubel, la Septième Symphonie de Sibelius et le Concerto pour violoncelle de Dvořák, interprété par Ivan Karizna. Le choix de cette dernière œuvre n’a rien d’anodin. Akiki l’a entendue pour la première fois lorsqu’il était encore jeune au Liban et raconte que c’est précisément ce concerto qui lui a donné envie de devenir chef d’orchestre. À l’époque, imaginer qu’il pourrait un jour exercer ce métier lui semblait presque irréel. Plus de vingt ans plus tard, il choisit cette même œuvre pour inaugurer son mandat à la tête de l’un des principaux orchestres polonais.

Cette nomination est d’autant plus significative que Bassem Akiki a été choisi avec le soutien unanime des musiciens de l’orchestre. Kajetan Prochyra, directeur de l’Orchestre de la Radio Polonaise, a expliqué que les discussions autour de la succession de Michał Klauza, qui avait dirigé artistiquement l’ensemble pendant dix ans, avaient commencé plus d’un an auparavant. Après une saison de transition sans directeur artistique permanent, le choix s’est finalement porté sur Akiki, que les musiciens connaissaient déjà comme chef d’orchestre mais aussi comme compositeur. Il avait notamment dirigé l’ensemble en juin dernier lors d’un concert avec le pianiste Lang Lang.

Bassem Akiki connaît donc bien l’orchestre dont il prend aujourd’hui la direction. Mais cette nouvelle responsabilité représente pour lui bien davantage qu’une succession de concerts. Il entend participer à la construction de son identité musicale et à son évolution. Pour lui, l’Orchestre de la Radio Polonaise doit connaître et respecter son histoire sans pour autant la transformer en musée. Il veut regarder vers l’avenir, développer la création contemporaine, travailler avec les compositeurs d’aujourd’hui et envisage déjà d’écrire lui-même de nouvelles œuvres pour l’ensemble.

Derrière cette nomination se dessine aussi un parcours singulier qui commence au Liban. Né à Beyrouth en 1983 de parents originaires de Kfardebian, Bassem Akiki étudie la musique au Conservatoire national supérieur de musique du Liban, parallèlement à des études de philosophie à l’Université libanaise. En 2003, il quitte le Liban pour la Pologne, où il poursuit sa formation en direction chorale à l’Académie de musique de Cracovie, puis en direction symphonique et lyrique à l’Académie de musique de Wrocław.

C’est en Pologne que sa vocation de chef prend véritablement forme. Il y vit aujourd’hui depuis plus longtemps qu’il n’a vécu au Liban, possède la nationalité polonaise et expliquait récemment au magazine Polityka que c’est en Pologne qu’il est, en quelque sorte, « né » comme chef d’orchestre. Le pays est devenu le sien sans pour autant effacer le Liban, qui reste profondément présent dans son identité et dans sa manière d’appréhender la musique et le monde.

À 24 ans, il fait ses débuts professionnels en dirigeant La Traviata de Verdi à l’Opéra de Wrocław. Sa carrière prend ensuite rapidement une dimension internationale. On le retrouve au Dutch National Opera d’Amsterdam, à La Monnaie à Bruxelles, au Festival d’Aix-en-Provence, à la Philharmonie de Paris, au Teatr Wielki-Opéra national de Varsovie, à l’Opéra national de Finlande, à l’Opéra national du Rhin ou encore au Royal Opera House de Londres.

Chef d’orchestre mais également compositeur, Bassem Akiki s’est particulièrement imposé dans le domaine de la musique contemporaine et a dirigé de nombreuses créations mondiales. Parmi ses réalisations récentes figure notamment Animal Farm d’Alexander Raskatov au Dutch National Opera, production récompensée par un OPER! Award comme création mondiale de l’année 2023. À La Monnaie, il a notamment dirigé Medúlla de Björk, Frankenstein de Mark Grey, Orfeo & Majnun ainsi que le dernier opéra de Philippe Boesmans, On purge bébé.

Son propre parcours entre plusieurs cultures nourrit également sa réflexion musicale. Akiki travaille depuis longtemps sur les relations entre les traditions musicales d’Orient et d’Occident et sur leurs influences réciproques. Lorsqu’il dirigeait Orfeo & Majnun au Festival d’Aix-en-Provence, il s’intéressait déjà à cette rencontre entre musique occidentale, création contemporaine et musique arabe.

Cette relation entre histoire personnelle et création se retrouve dans son prochain grand projet de compositeur. Bassem Akiki termine actuellement Atatürk, un nouvel opéra qui sera créé au Staatsoper de Stuttgart en 2027. Né au Liban dans un pays marqué par la guerre, la destruction et des traumatismes historiques qui continuent à peser sur le présent, il explique que l’Histoire ne peut pour lui être quelque chose de lointain ou d’abstrait. Écrit sur un livret d’Olga Bach, Atatürk interrogera la figure complexe du fondateur de la Turquie moderne à travers plusieurs langues et plusieurs points de vue.

Sa nouvelle fonction à Varsovie ne mettra pas un terme à cette carrière internationale. Dans les prochains mois, il retrouvera notamment le Dutch National Opera, dirigera le Royal Scottish National Orchestra et l’Opéra de Lyon, tout en poursuivant son travail de compositeur.

Mais aujourd’hui, c’est bien à Varsovie qu’une nouvelle étape commence. Et il y a quelque chose de particulièrement symbolique dans le programme choisi pour ce premier concert. Le jeune musicien qui, au Liban, écoutait le Concerto pour violoncelle de Dvořák et découvrait à travers cette œuvre son désir de devenir chef d’orchestre le dirigera ce soir à la tête de l’Orchestre de la Radio Polonaise.

Entre ces deux moments, plus de vingt ans se sont écoulés. Le Liban a façonné sa première relation à la musique, la Pologne lui a permis de devenir chef d’orchestre, et les grandes scènes européennes ont construit une carrière qui se poursuit désormais avec une nouvelle responsabilité. Bassem Akiki n’a pas eu à choisir entre ces différentes appartenances. Elles constituent aujourd’hui les différentes dimensions d’un même parcours.

photo @Ksawery Zamoyski

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