À Beit Tabaris, la musique se transmet, se travaille et se partage
MUSIQUE musique Lena Sorel 06 octobre 2026 pour l’Agenda culturel

Ces dernières semaines, Beit Tabaris a une nouvelle fois confirmé sa vocation de résidence musicale et de lieu de transmission, en réunissant de jeunes musiciens libanais autour de trois rendez-vous particulièrement riches : deux master classes et un concert de musique de chambre. Trois manifestations différentes, mais une même volonté : permettre à de jeunes artistes de travailler avec des musiciens de haut niveau, de se confronter à l’exigence professionnelle et surtout de partager leur passion avec le public.

Le premier rendez-vous était consacré au chant lyrique, avec une master class animée par Marie Gautrot, accompagnée au piano par Frédéric Rouillon. Marie Gautrot, qui avait notamment incarné Carmen l’an dernier au Festival de Baalbeck, a travaillé de manière extrêmement approfondie avec cinq jeunes chanteuses libanaises, abordant avec elles aussi bien le bel canto que la mélodie française.

La master class s’est ensuite prolongée par un concert, mais un concert pas tout à fait comme les autres. Car Marie Gautrot n’a pas hésité à interrompre les jeunes interprètes pour revenir sur un passage, corriger une intention, une respiration, une émission de voix ou une interprétation. Le public a ainsi assisté non pas simplement à un concert, mais à une véritable dernière séance de travail publique. Une formule particulièrement originale et passionnante, qui permettait de comprendre de l’intérieur le chemin qui mène du travail à l’interprétation, et de mesurer toute l’exigence du métier de chanteur.

Autre univers, autre répertoire avec la master class du pianiste libanais Ziad Kreidy, installé en France et figure éminente de la scène pianistique. Cinq jeunes pianistes ont travaillé avec lui autour d’un thème particulièrement ouvert : « Musique et folklore ». De Dvořák à Chopin, en passant par Scott Joplin, le programme permettait d’explorer des univers très différents et de réfléchir à la manière dont les compositeurs intègrent, transforment ou réinventent les traditions populaires dans leur langage musical.

Enfin, Beit Tabaris a accueilli un concert organisé par le Club de musique classique des jeunes de l’Université américaine de Beyrouth (AUB). Ce groupe de jeunes passionnés, qui pratique notamment la musique de chambre, réunit pianistes, violonistes et violoncellistes autour d’une même envie de jouer et de faire vivre la musique classique. Ils ont proposé un programme particulièrement varié et éclectique, qui a séduit le public de Beit Tabaris.

Ces trois événements illustrent parfaitement l’esprit de la résidence : faire se rencontrer la jeunesse musicale libanaise, l’exigence artistique et la scène. À Beit Tabaris, les jeunes musiciens ne viennent pas seulement écouter ou assister à des master classes : ils travaillent, expérimentent, se confrontent au regard d’artistes confirmés et, surtout, prennent leur place devant un public.

C’est sans doute là que réside la force de Beit Tabaris : créer un espace où la musique est à la fois apprentissage, exigence, rencontre et partage, et où les jeunes artistes libanais peuvent trouver les moyens de faire grandir leur talent.

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