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Après le report de sa 26e édition à cause de la guerre, le festival Irtijal se tient finalement en ce début du mois d’octobre. Étendue sur trois jours, sa programmation reste, comme chaque année, éclectique et résolument expérimentale. Du punk au jazz, en passant par la poésie, Irtijal offre une nouvelle occasion de découvrir la scène musicale locale et étrangère.
La première soirée du festival s’ouvre le mardi 6 octobre dans l’incroyable studio de l’artiste Alfred Tarazi. Situé à Bourj Hammoud, au dernier étage d’un immeuble, le lieu devait accueillir les concerts en extérieur, mais la pluie contraint l’équipe à tout déplacer à l’intérieur au dernier moment. L’effervescence est à son comble. Une bonne heure plus tard, le studio s’est transformé en salle de concert intimiste. Après avoir découvert les innombrables trésors dénichés par Alfred Tarazi, les spectateurs se pressent autour de cette scène improvisée pour écouter le premier groupe, Split Subject. Inspiré de la cold wave et du synth punk, le groupe est porté par la voix puissante de Nour Debian, qui joue elle-même des synthétiseurs, parfois rejointe par Bashir Daher, également à la guitare. La batterie d’Andrew Kaher et la basse de Ralph Chbeir soutiennent ces sonorités métalliques, dans une atmosphère sombre qui rappelle les débuts du post-punk.Entre chaque groupe, les spectateurs se retrouvent au bar et sur la terrasse avant de revenir devant la scène pour le concert suivant. Entre punk, cold wave et folk, la soirée se poursuit avec The Incompetents, mené par Fadi Tabbal et Serge Yared. Fondé en 2007, le duo s’entoure depuis ses débuts de différents musiciens. Son univers est assez particulier : du jazz au rock, sa musique prend parfois des airs de comptine. L’originalité du groupe tient à ce mélange de genres loufoque qui nous transporte d’un univers à un autre. La soirée s’achève avec Ta2reeban, groupe de punk originaire de Beyrouth que nous avions déjà vu à Zico House en avril dernier. Comme à son habitude, le groupe sait faire bouger la foule : dès les premières notes, les pogos se forment et les verres volent au milieu des gens.
Le deuxième jour du festival se déroule au Beirut Art Center, avec trois propositions qui explorent, chacune à leur manière, les possibilités du son. Avec am lam, projet de recherche à la croisée du son, de l’image et du texte, Rayyan Abdelkhalek, Omar Itani et Samira Makki interrogent les liens entre ces différents médiums. Réuni spécialement pour Irtijal, le quartet international Cedral associe poésie et musique autour d’un texte de 22 pages, lu simultanément par deux voix qui commencent à chaque extrémité pour se rejoindre au milieu, sur un accompagnement mêlant basse électrique et ordinateur. Enfin, G2D2 réunit quatre figures de la scène expérimentale libanaise dans une formation de noise-rock improvisé, où guitares saturées et batterie se répondent au fil de solos et de séquences instrumentales en constante évolution.
Pour le dernier jour du festival, Irtijal prend place à l’emblématique Metro al-Madina. Les artistes investissent différents espaces du lieu, des gradins à la scène du théâtre. La soirée s’ouvre avec Booond!, trio de noise expérimental formé en 2025, avant de laisser place au duo égyptien Mi3raj. Le public s’assoit à même le sol pour écouter la poésie de Mohamed Tarek Moussa, accompagné par Abdelrahman Shaat à la guitare et à l’ordinateur, avec des interventions vocales ponctuelles. Plus intimiste, leur proposition mêle poésie, sonorités électroniques et musique dévotionnelle, avec des accents de pop égyptienne. Après cette accalmie, place à la danse avec PRAED. Raed Yassin, véritable chauffeur de salle depuis le début du festival, entraîne le public sur des rythmes de shaabi, tandis que Paed Conca l’accompagne à la clarinette. Le mélange des rythmes et l’énergie du duo gagnent rapidement toute la salle. Le festival se clôture avec le DJ set de June As, aussi connu sous le nom de Junior.
Depuis plus de vingt ans, Irtijal défend une approche expérimentale de la musique. À Beyrouth, où la musique populaire arabe et l’électro-house occupent une place importante, le festival fait entendre d’autres propositions et met en avant des pratiques musicales moins habituelles. La longévité du festival témoigne de la place qu’il a su se construire dans le paysage musical beyrouthin, édition après édition.

