L’Agenda Culturel s’installe au Centre Tékéyan, de Myriam Nasr-Agenda culturel

MAG Myriam Nasr 09 septembre 2026 Agenda culturel

Après trente-cinq ans passés rue Clemenceau, l’Agenda Culturel a fait ses cartons. Trente-cinq années dans les mêmes murs, ce n’est pas rien. Des générations de collaborateurs, des milliers d’événements annoncés, des artistes reçus, des interviews, des magazines préparés, des idées lancées, des projets qui ont vu le jour et, bien sûr, une grande partie de l’histoire de l’Agenda Culturel qui s’y est écrite.

Nous avons donc quitté Clemenceau avec beaucoup d’émotion pour nous installer à Gemmayzé, dans un lieu qui ne pouvait finalement pas mieux nous correspondre : le Centre Tékéyan.

Nous connaissions bien sûr le nom de Tékéyan, si présent dans la vie culturelle arménienne au Liban. Mais en arrivant dans ces murs, nous avons eu envie de savoir davantage qui était l’homme derrière ce nom. Et nous avons découvert une personnalité dont le parcours et les convictions résonnent étrangement avec ce que nous essayons, à notre toute petite échelle, de faire depuis plus de trente ans : préserver une culture, la transmettre, la faire circuler et considérer que les mots, les arts et l’éducation ne sont jamais accessoires.

Vahan Tékéyan, poète et homme de culture

Vahan Tékéyan naît à Constantinople en 1878 et meurt au Caire en 1945. Poète, journaliste, éditeur, enseignant, traducteur et homme engagé dans la vie de sa communauté, il est considéré comme l’une des grandes voix de la littérature arménienne occidentale et sera surnommé le « Prince de la poésie arménienne ».

Sa vie épouse les bouleversements de l’histoire arménienne de la première moitié du XXe siècle. Constantinople, l’Europe, l’Égypte, Chypre, mais aussi Beyrouth jalonnent son parcours. Absent de l’Empire ottoman en 1915, il échappe au génocide, dont le traumatisme marquera profondément son œuvre. Sa poésie parle d’amour, de patrie, de foi, de solitude, mais aussi du destin de son peuple et de la nécessité de préserver ce qui risque de disparaître.

Tékéyan n’est pourtant pas seulement un poète. Il est aussi un véritable homme de presse. Dès 1905, il fonde la revue Shirak, autour de laquelle il rassemble des écrivains arméniens. Il dirige et collabore à différentes publications et devient notamment, en 1937, le premier rédacteur en chef de Zartonk à Beyrouth. Il traduit également en arménien de grands auteurs de la littérature mondiale.

Cette dimension nous touche évidemment particulièrement à l’Agenda Culturel. Car chez Tékéyan, écrire, publier, enseigner et transmettre semblent participer d’un même combat : celui d’une culture qui doit continuer à vivre, même lorsque l’histoire disperse ceux qui la portent.

De l’homme à une institution

Vahan Tékéyan meurt au Caire le 4 avril 1945. Deux ans plus tard, en 1947, des intellectuels et hommes de culture fondent à Beyrouth l’Association culturelle Tékéyan et choisissent de lui donner son nom. Sa mission est claire : contribuer au développement et à la diffusion de la littérature, de la musique, des arts et de la culture arménienne, et maintenir les liens culturels et éducatifs entre les communautés de la diaspora et l’Arménie.

Ce qui est né à Beyrouth va ensuite largement dépasser les frontières du Liban. Des associations et centres Tékéyan voient le jour au Moyen-Orient, en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Arménie. Écoles, publications, activités artistiques et éducatives prolongent ainsi l’héritage d’un homme qui avait consacré une grande partie de sa vie aux mots et à la transmission.

Et c’est précisément à Beyrouth que cette histoire avait commencé.

Une nouvelle adresse qui a du sens

Il y a parfois des déménagements qui sont simplement des changements d’adresse. Celui-ci représente pour nous un peu plus que cela.

Quitter Clemenceau après trente-cinq ans est évidemment la fin d’un chapitre important de l’histoire de l’Agenda Culturel. Mais commencer le suivant au Centre Tékéyan, à Gemmayzé, dans un lieu qui porte le nom d’un poète, journaliste et homme de culture et qui perpétue depuis des décennies une mission de transmission, nous semble être un joli signe.

C’est aussi pour nous un honneur.

L’Agenda Culturel est né en 1994 avec une idée finalement très simple : annoncer ce qui se passe culturellement au Liban et donner une place à ceux qui créent. Depuis, les supports ont changé, le papier a laissé une grande place au numérique, les frontières se sont élargies jusqu’à Paris/Beyrouth et les crises libanaises se sont malheureusement succédé. Mais l’essentiel est resté le même : documenter, transmettre, créer des liens et continuer à raconter la culture de ce pays.

Après trente-cinq ans à Clemenceau, nous arrivons donc au Centre Tékéyan avec nos ordinateurs, nos archives, nos projets et nos habitudes, mais aussi avec beaucoup de respect pour l’histoire du lieu qui nous accueille et pour l’homme dont il porte le nom.

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