Soixante-dix ans après sa création, le Festival International de Baalbeck demeure l’un des grands symboles de la vie culturelle libanaise. Plus qu’un lieu, plus qu’un rendez-vous artistique, Baalbeck est une mémoire, une scène mythique, un espace où le Liban a souvent affirmé, malgré les crises et les guerres, sa capacité à parler au monde par la beauté.
Dans le cadre du Festival annuel d’Ajaltoun, l’ensemble Les Cordes Résonnantes, en collaboration avec la municipalité d’Ajaltoun, présente « Wayna Nay ?! », un hommage libre au Festival international de Baalbeck à l’occasion de son 70e anniversaire. Pensée comme une création originale mêlant musique, chant et théâtre, cette soirée propose un dialogue entre les répertoires classiques, les mélodies libanaises et l’imaginaire poétique de Baalbeck.
Sous la direction de Joe Daou, une cinquantaine d’artistes se réunissent autour d’un projet qui veut faire résonner l’esprit du festival au-delà de son site historique. Le 24 aout, depuis Ajaltoun, c’est un pont symbolique qui se construit entre les colonnes de Baalbeck et la montagne libanaise, entre la mémoire des pierres et la vitalité des voix d’aujourd’hui.
Écrit par le scénariste Hasan Makhzoum, le spectacle prend pour point de départ une figure fondatrice : Jean Cocteau, qui inaugura le Festival International de Baalbeck en juillet 1956 avec sa pièce La Machine infernale. Dans “Wayna Nay ?!”, Cocteau apparaît comme un personnage habité par l’écriture, invoquant Nay, figure symbolique de la beauté, de la mémoire et de l’humain. Autour de cette invocation, la musique surgit comme une réminiscence, transformant la nostalgie en tableaux sonores, poétiques et colorés.
La soirée réunit plusieurs artistes majeurs. Fadia Tomb El Hajj, voix soliste, portera la puissance et la grâce du chant. Samir Nasr El Din, maître de l’oud, fera dialoguer l’instrument avec la mémoire musicale orientale. Noah Mukaddem incarnera Jean Cocteau, tandis que le Chœur de l’Université Notre-Dame de Louaizé, NDU, et l’ensemble Les Cordes Résonnantes donneront à l’œuvre son ampleur chorale et orchestrale.
Le programme se présente comme un dialogue entre chefs-d’œuvre du répertoire universel et créations libanaises. On y retrouvera notamment Nimrod d’Edward Elgar, l’ouverture de Carmen de Bizet, le premier mouvement de la Symphonie n° 40 de Mozart, ainsi que deux pages de Verdi, Va, pensiero de Nabucco et Vedi! Le fosche notturne de Il Trovatore.
À ces œuvres répondront des pièces profondément liées à l’imaginaire libanais : A‘tini al-Nay, sur un texte de Gibran Khalil Gibran, la Suite Al Mahabba des frères Rahbani, Arje’ Lana Ma kan… d’Iyad Kanaan sur un texte d’Elias Abou Chabke, ainsi qu’une création de Ramzi Kandalaft, Suite pour oud et orchestre sur les thèmes des Nuits Libanaises, composée pour le 70e anniversaire du Festival International de Baalbeck.
Fondé en 2018 à Ajaltoun, l’ensemble Les Cordes Résonnantes réunit des musiciens autour d’un répertoire allant du baroque à la création contemporaine. Sa mission est de décentraliser la scène musicale libanaise, de valoriser les compositeurs du pays et d’inscrire le Liban dans un dialogue culturel plus large.
Depuis sa création, l’ensemble a donné plus de quarante concerts au Liban et en Europe, participant notamment au Festival International de Beiteddine, au FIMU de Belfort, aux Musicales du Liban à Paris, à Beirut Chants, au SOL Festival et au NABU Museum. Ses collaborations avec plusieurs ambassades et instituts culturels témoignent d’un rayonnement croissant, porté par une volonté claire : faire entendre la musique libanaise au-delà des frontières.
Avec « Wayna Nay ?! », Les Cordes Résonnantes ne proposent pas seulement un concert anniversaire. Ils offrent un hommage vivant à Baalbeck, à son histoire, à son rôle dans l’imaginaire libanais et à cette conviction que la beauté peut continuer à se transmettre, même dans les périodes les plus incertaines.
Baalbeck, ici, n’est pas seulement un souvenir. Elle devient une présence et une voix qui traverse le temps et rappelle que, dans ce pays, la culture reste l’un des fils les plus solides de notre continuité.