Ce festival, fondé par Sleiman Corbani, entouré d’une fine équipe d’efficaces connaisseurs, et qui fête ses dix ans, compte aujourd’hui parmi les incontournables de la musique classique au Liban. Il réserve souvent de belles surprises à ses auditeurs et le récital consacré à la musique savante libanaise pour violon et piano par Mario Rahi et Georges Daccache, en était une de taille.
Il est des concerts dont le mérite dépasse la seule performance musicale : celui de faire entendre un patrimoine, de lui restituer sa place et de rappeler qu’il appartient pleinement à notre présent. Ce récital s’inscrivait dans cette démarche avec conviction et élégance.
Au programme, des œuvres de cinq compositeurs libanais, Sevag Derghougassian (né en 1977, présent dans la salle), Iyad Kanaan (né en 1971), Boghos Gelalian (1927-2011) Houtaf Khoury (né en 1967, présent dans la salle) et Claude Chalhoub (né en 1974). Autant de témoignages de la richesse d’une création musicale encore trop peu représentée sur les scènes classiques. Un choix qui témoigne d’une volonté de sortir ces œuvres de l’ombre et de leur offrir l’écoute qu’elles méritent.
La réussite d’une telle entreprise repose autant sur la pertinence du répertoire que sur la capacité des interprètes à en révéler les subtilités. Georges Daccache et Mario Rahi mettent ici leur talent au service d’une musique qu’ils défendent avec une conviction manifeste. Leur engagement, leur complicité et leur virtuosité confère à cette soirée une dimension particulière : celle d’un dialogue entre interprétation et transmission, entre exigence artistique et fidélité à un héritage.
Parmi les œuvres interprétées deux créations libanaises (il est vrai que la musique savante libanaise est plus souvent entendue à l’étranger que dans son pays d’origine !), le Duo d’Iyad Kanaan en forme de sonate classique et la Vocalise n° 2 de Boghos Gelalian, initialement écrite pour voix et piano mais qui résonnait avec beaucoup d’émotion sous les doigts du violoniste. Quant au Preludio et Moto Perpetuo de Boghos Gelalian, d’une difficulté technique redoutable, il avait été joué une seule et unique fois à sa création par le violoniste Antoine Saad.
En réunissant ce programme, Georges Daccache et Mario Rahi ont ainsi contribué à une entreprise essentielle : faire du patrimoine non pas une mémoire figée, mais une présence vivante. Une démarche aussi précieuse qu’indispensable, portée par ces deux interprètes qui ont choisi de mettre leur talent et leur art au service de la musique libanaise, laquelle leur doit beaucoup.