À l’occasion du 110e anniversaire de la naissance de Zaki Nassif, figure majeure du patrimoine musical libanais et véritable chantre de l’âme populaire du pays, l’Organisation et Institut Philokalia et le programme de Zaki Nassif de l’AUB s’unissent pour offrir un concert – hommage d’envergure.
Cet événement se veut bien plus qu’une célébration : une relecture artistique, vivante et contemporaine de l’héritage de Zaki Nassif, où mémoire, création et transmission s’entrelacent.
Sœur Marana Saad, fondatrice de Philokalia et directrice de la chorale et de cet événement, en dévoile les enjeux à l’Agenda Culturel.
En quoi consiste cet événement majeur ?
Cet hommage s’inscrit dans la reconnaissance d’un compositeur qui a profondément marqué l’imaginaire musical libanais. Zaki Nassif n’a pas seulement écrit des chansons : il a façonné une mémoire sonore collective, enracinée dans les villages, les paysages et la joie populaire.
À l’occasion de ce 110e anniversaire, il ne s’agit pas de figer une mémoire, mais de la faire revivre dans une approche artistique renouvelée, où l’œuvre devient matière vivante, réinterprétée et réincarnée sur scène.
Le concert propose ainsi une véritable dramaturgie musicale, où se rencontrent chœur, orchestre, solistes, danse, animation et lumières dans une lecture contemporaine respectueuse de l’esprit originel de Zaki Nassif.
Nous sommes honorés de porter ce projet en collaboration avec le Zaki Nassif Program de l’American University of Beirut (AUB), sous la direction du Dr Nabil Nassif, auquel j’adresse mes salutations respectueuses pour son engagement constant dans la sauvegarde et la diffusion de ce patrimoine essentiel.
À travers cette initiative, Philokalia poursuit sa vocation : faire du patrimoine musical non pas un objet de conservation, mais un espace de vie, de création et de transmission. Nous croyons profondément que l’art est une forme de mémoire incarnée, et que la musique a le pouvoir unique de relier les générations, les cultures et les intériorités.
Les arrangements de l’œuvre de Zaki Nassif ont été confiés au compositeur Iyad Kanaan pour ce concert. Comment une œuvre musicale devient-elle mémoire, transmission et création collective ?
L’écriture de Zaki Nassif, essentiellement fondée sur la voix et la simplicité mélodique, porte en elle une force expressive rare, presque architecturale dans sa sobriété. Derrière cette apparente simplicité se révèle une profondeur qui touche directement la mémoire collective et l’identité musicale libanaise.
Pour ce projet, les arrangements ont été confiés à M. Iyad Kanaan, compositeur et directeur artistique de Philokalia, dont l’approche unit la rigueur de l’écriture classique à une sensibilité profondément contemporaine. Son travail ne consiste pas à transformer l’œuvre de Zaki Nassif, mais à en révéler de nouvelles dimensions, en faisant émerger ses résonances cachées tout en préservant son authenticité.
Il s’agit d’une véritable relecture chorale et orchestrale, où les mélodies de Zaki, profondément inspirées des traditions syriaques ainsi que du patrimoine populaire et folklorique libanais, trouvent un nouvel espace d’expression, sans jamais perdre leur pureté, leur simplicité, leur spontanéité et leur identité.
Dans cette création, la chorale Philokalia est véritablement au cœur de l’événement. Elle en est l’âme et le fil conducteur, portant cette œuvre avec une présence artistique, spirituelle et humaine profonde. Je suis profondément fière de chacune et chacun de ses membres pour leur don de soi, leur passion pour la musique, leur travail sérieux et responsable, leur fidélité à la mission de Philokalia et leur engagement envers leur pays, le Liban. Depuis deux mois, ils se préparent avec un enthousiasme remarquable, portant ce projet non seulement comme un défi artistique, mais comme un véritable acte d’amour, de mémoire et de transmission.
La voix remarquable de la soliste invitée, Rafqa Fares, occupe également une place précieuse dans cette architecture musicale. Elle déploie une ligne expressive qui dialogue avec le chœur et l’orchestre, tissant un ensemble sonore organique, à la fois intime et ample, qui révèle toute la pureté, la sensibilité et la richesse de l’écriture mélodique de Zaki Nassif.
S’y ajoute également la présence d’un soliste de l’Ensemble Ashtar de Philokalia Joe Azar, incarnant la voix masculine de Zaki Nassif à travers des chants populaires libanais, en en soulignant la profondeur et la signature musicale singulière.
L’ensemble est porté par un orchestre composé de musiciens libanais profondément attachés à ce répertoire. Leur interprétation apporte à cette œuvre une dimension émotionnelle et identitaire forte, faisant de ce concert un véritable moment de rencontre entre mémoire, création et appartenance.
La dabké qui a occupé une place centrale dans l’univers musical de Zaki Nassif sera naturellement à l’honneur lors de cette célébration ?
La dabké trouve naturellement sa place au cœur de cette création. Interprétée par la troupe de Barja, reconnue pour son excellence et son énergie, elle devient ici bien plus qu’un moment chorégraphique : une écriture du corps enracinée dans la mémoire collective.
La dabké est une pensée en mouvement, un langage du sol et du rythme, où la communauté s’exprime dans une unité vivante. Elle dit la joie, la résistance et l’appartenance.
Dans l’univers de Zaki Nassif, musique et danse se répondent comme deux expressions d’une même respiration culturelle. C’est cette continuité entre le chant et le geste que nous cherchons à raviver.
Y aura-t-il une animation visuelle ou un dispositif similaire ?
L’animation visuelle projetée sur les écrans, conçue par Sabine Terky, vient enrichir cette architecture artistique en donnant une lecture visuelle de l’univers de chaque composition. À travers des images et des séquences soigneusement pensées, elle exprime l’esprit de chaque œuvre ainsi que son histoire, en révélant ses atmosphères, ses paysages intérieurs et ses résonances profondes.
Ce langage visuel accompagne la musique, en dialogue avec le chœur, l’orchestre et la soliste, et offre au public une compréhension élargie de l’œuvre de Zaki Nassif, où le son et l’image se répondent avec harmonie.
L’ensemble est sublimé par la dimension sonore assurée par Chady Akiki, ainsi que par la création lumière signée Richard Salameh et Ziad Ghosn, qui viennent renforcer l’immersion du public et donner à l’expérience une profondeur sensorielle et artistique complète.
Ce concert sera également l’occasion de découvir l’ouvrage consacré à Zaki Nassif, récemment paru dans la collection Figures musicales du Liban?
La présentation de l’ouvrage de Zeina Saleh Kayali constitue un moment fort de cette célébration. Figure majeure de la recherche musicale au Liban, elle propose une lecture à la fois sensible et rigoureuse de la trajectoire de Zaki Nassif : de son enfance et ses premières écoutes musicales dans le village, à son initiation et son apprentissage, en passant par les années radio, le Festival de Baalbeck, son parcours au Conservatoire, ses interprètes, ainsi que son engagement dans les grandes tensions politiques et la guerre du Liban. L’ouvrage explore également ses liens avec la presse, son rapport à la création collective, son langage musical, la Compagnie de danse de Caracalla, ainsi que ses racines syriaques et les chants populaires libanais qui nourrissent profondément son œuvre.
Publié dans la collection Figures musicales du Liban, ce volume est le onzième de la série. Le chiffre 11 y prend une résonance particulière : il évoque un seuil, une tension entre mémoire et ouverture, entre ce qui s’accomplit et ce qui se prolonge.
Dans cette perspective, il entre en résonance avec l’œuvre de Zaki Nassif elle-même, faite de passages constants entre tradition et modernité, entre le chant populaire et l’élan universel.
Ce livre ne décrit pas seulement une œuvre : il en prolonge la vibration intérieure.
Une surprise artistique viendra également ponctuer ce moment du concert, offrant au public une expérience inattendue au cœur de cette célébration.
Pensez-vous que la musique de Zaki Nassif ait contribué à façonner une identité culturelle libanaise ?
La musique de Zaki Nassif occupe une place singulière dans la construction de l’identité culturelle libanaise. Elle ne l’illustre pas : elle la fait exister.
Ancrée dans la terre et ouverte sur le monde, elle traverse les frontières entre le sacré et le profane, le populaire et le savant, l’intime et le collectif.
Sa force réside dans cette capacité à unir les contraires, à faire dialoguer les mémoires, et à transformer la simplicité en profondeur universelle.
Qu’aimeriez-vous que le public retienne de cette célébration ?
Ce que nous souhaitons partager avec le public dépasse le cadre d’un concert : c’est une expérience de mémoire et de présence.
À travers la musique, la lumière, le mouvement et le silence, nous invitons chacun à entrer dans un espace de résonance intérieure, où l’émotion devient langage.
Que chacun puisse repartir avec le sentiment d’avoir touché quelque chose d’essentiel : la beauté d’un héritage vivant, et la conviction que l’art peut encore participer à la renaissance d’un pays.
Avec qui cette belle collaboration a-t-elle pu se réaliser et à qui adressons-nous notre profonde gratitude ?
Ce projet n’aurait pu voir le jour sans la collaboration précieuse du Zaki Nassif Program de l’AUB et de son directeur, le Dr Nabil Nassif, ainsi que de l’ensemble du board d’administration, avec lequel nous entretenons une véritable relation d’amitié et de confiance mutuelle. Nos remerciements s’adressent également au président de l’Union et au maire de Zouk, Monsieur Elie Beaino, également récemment nommé président du board of trustees de Philokalia, pour leur accueil généreux au sein de l’amphithéâtre de Zouk, ainsi qu’à toute leur équipe.
Nous exprimons aussi notre reconnaissance à Madame Zeina Saleh Kayali pour la richesse de son travail et sa fidélité au patrimoine musical, ainsi qu’à l’ensemble de l’équipe artistique et organisationnelle de Philokalia. Je tiens à féliciter tout particulièrement Monsieur Fadi Khalil, directeur des projets, Monsieur Nadim Rouhana, manager de la chorale, et Monsieur Marc Nasr, chef d’organisation de ce projet.
Enfin, nous remercions chaleureusement les médias partenaires, dont l’engagement rend possible la diffusion et le rayonnement de cette aventure culturelle, et tout particulièrement l’Agenda Culturel.
Nous vous invitons à vivre avec nous ce moment unique, où la musique devient mémoire et la mémoire devient présence. Nous serons heureux de vous accueillir pour cette rencontre où l’art dépasse l’écoute pour devenir expérience partagée, et où chaque instant s’ouvre comme l’accomplissement discret d’une promesse.
Date : 4 juillet 2026
Lieu: Amphithéâtre de Zouk
Billetterie disponible au : https://www.ticketingboxoffice.com/zaki-nassif-110-tickets/event/23138/en

