La foisonnante actualité de Ziad Kreidy, de Zeina SALEH KAYALI-Agenda culturel

MUSIQUE pianomusiqueconcert Zeina Saleh Kayali 17 août 2026 pour l’Agenda culturel

Alors qu’il vient de rentrer d’une brillante tournée à travers le Brésil, le pianiste et compositeur Ziad Kreidy fait part de son actualité à l’Agenda Culturel.

Quelle est la genèse de ces concerts que vous avez donnés dans plusieurs villes du Brésil ?

Cette tournée s’est construite de façon assez inhabituelle. Tout a commencé lors de mon voyage au Chili en mars 2025, où j’interprétais le 27e concerto pour piano et orchestre de Mozart. J’y ai rencontré l’ambassadeur de France, qui souhaitait m’inviter en 2026. Le projet n’a malheureusement pas abouti, à cause des coupes budgétaires. Dans ce sillage, j’ai contacté l’ambassade de France au Brésil, et Laurent Weil m’a conseillé et accompagné tout au long du projet. La première invitation est venue d’Ana Garcia, directrice artistique du festival Virtuosi, dans l’État du Pernambouc, au nord-est du pays. En parallèle se dessinait un récital solo à Rio de Janeiro, dans la magnifique salle Cecília Meireles. Enfin, l’ambassadeur du Liban au Brésil a souhaité profiter de mon passage pour organiser un concert à Brasilia, conjointement avec l’ambassade de France. Trois concerts au total : un dans le Nord-Est, un à Rio, un dans la capitale.

Quelle était la principale difficulté que présentait cette tournée ?

Le fait de ne pas avoir d’agent. Il a fallu jongler entre les différentes institutions pour accorder les lieux et les dates. Le service culturel de l’ambassade de France avait aussi cherché à organiser des concerts pédagogiques dans les collèges et les lycées, mais nous étions en pleine période de vacances scolaires.

Comment avez-vous été accueilli ?

J’ai été étonné et émerveillé par l’accueil du public brésilien. Des amis musicologues m’avaient prévenu : les Brésiliens sont un peuple très musical, très mélomane. Le premier concert, à Garanhuns, à quatre heures de route de Recife, s’est déroulé dans une atmosphère festive et bruyante. Le public était venu très nombreux, se bousculait pour s’asseoir devant, applaudissait entre les mouvements. Une ambiance un peu délirante, mais qui ne m’a pas gêné, bien au contraire : j’y ai senti un besoin de réagir. Après le bis, j’ai eu droit à une standing ovation à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Les deux autres concerts ont aussi été très bien accueillis, mais de façon moins démonstrative !

Quels programmes avez-vous interprétés ?

J’avais préparé deux programmes très différents. Le premier, viennois, associait une sonate de Mozart, une de Haydn et les trois derniers Klavierstücke D 946 de Schubert, écrits à la fin de sa vie. Des œuvres sublimes ! Je l’ai donné à Garanhuns puis à Rio de Janeiro. Le concert franco-libanais de Brasilia appelait tout autre chose : des pièces libanaises de Wadia Sabra, Toufic Succar et Boghos Gelalian, puis françaises, avec Erik Satie et Déodat de Séverac, un compositeur du sud de la France que très peu de gens connaissent. Au centre du programme, les Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Tous ces compositeurs, à l’exception de Satie, ont un lien avec le folklore de leur pays : c’était mon fil conducteur.

Vous êtes connu comme un grand spécialiste des pianos anciens. Y en a-t-il au Brésil ?

En général, les pianistes et les musicologues que je rencontre estiment que personne ne s’intéresse aux pianos anciens en dehors de l’Europe, des États-Unis et du Canada. En voyageant, j’ai constaté le contraire ! Au Liban, j’ai joué au Centre du patrimoine musical libanais (CPML) un superbe Broadwood de 1875, en bon état de conservation. Au Chili, j’ai découvert un Gaveau de 1950 à la résidence de l’ambassadeur de France. Au Brésil, je ne m’attendais à rien de tel, et j’ai appris quelques jours avant le concert que l’ambassade de France possédait un Erard restauré de l’entre-deux-guerres : j’ai été très heureux de le jouer. Les facteurs européens adaptaient alors les pianos au climat de l’Amérique du Sud en plombant les touches, ce qui donne des instruments plutôt lourds. ÀRio de Janeiro j’ai eu la chance de répéter au musée Villa-Lobos et j’y ai vu le Gaveau que ce grand compositeur brésilien avait probablement rapporté de France et qui date des années 1930. Il existe donc quelques pianos anciens loin des salles de concert habituelles, mais il faut les trouver, et ils ne sont pas vraiment valorisés.

J’ai également rencontré à Rio le musicologue Manoel Corrêa do Lago, grand spécialiste de Villa-Lobos, qui s’est intéressé à mes compositions, notamment à Atwal Of pour piano, créée à Notre-Dame de Jamhour, au Liban. Il m’a fait découvrir des œuvres de Villa-Lobos qu’il jugeait proches de cette pièce par des trilles au caractère vocal.

Vous avez également donné récemment des concerts en France ?

Oui, ils se sont enchaînés. Avant de partir au Brésil, j’avais joué les Tableaux d’une exposition à l’Orangerie, au festival du Berry, puis, début juillet, dans la Nièvre, avec deux programmes comprenant la Valse orientale de Wadia Sabra. C’était sur un magnifique Herz de 1854 de la collection Theodoulides, que j’ai accordé en tempérament inégal, comme on le faisait à l’époque romantique. J’ai également interprété le programme viennois au Pavillon d’Artois, à Vaux-sur-Seine. Et à mon retour du Brésil, je me suis produit dans le sud de la France, dans un récital pour piano, trompette et voix organisé par les éditions Millénaire III.

Quels sont vos projets ?

Ils sont multiples. Côté composition, j’écris une œuvre en deux volets pour l’ensemble libanais Les Cordes résonnantes, en hommage à Antoine Medawar, ancien président des Jeunesses musicales du Liban, grâce à qui j’ai pu partir pour la France. Le premier volet s’inspire des danses folkloriques et du mejwez, cet instrument extraordinaire ; le second sera plus méditatif, plus tendu. Le projet se fait avec la Umam Foundation.

Je travaille aussi avec la mezzo-soprano Roula Safar sur un cycle de mélodies écrites pour elle, qui devrait donner lieu à un enregistrement.

J’ai enfin des concerts de piano en France et en Allemagne à l’automne, et une masterclass à Beit Tabaris : je suis ravi de retrouver ce cadre merveilleux et de travailler avec de jeunes pianistes libanais.

Related posts

Monnot Awards : le théâtre libanais célèbre les siens, de Myriam NASR-Agenda culturel

CROSSCURRENTS : Soirée de musique classique libanaise à Londres, de Lena SOREL-Agenda culturel

“An evening of Opera and Lyric Singing” de la musique malgré la tourmente, de Georges Daccache-Agenda culturel