Pendant six semaines, Beit Tabaris a vécu au rythme de la musique. Au cœur de Beyrouth, cette résidence devenue au fil du temps un lieu de référence pour la transmission et l’excellence musicales a offert à la jeunesse libanaise un été placé sous le signe de la découverte, de l’apprentissage et du partage.
Concerts, ateliers, masterclass, rencontres et moments de travail se sont succédé, faisant de Beit Tabaris un véritable laboratoire musical où jeunes talents et musiciens confirmés ont pu se rencontrer, échanger et progresser ensemble.
Tout d’abord un récital d’Elia Koussa, pianiste et compositeur libanais hélas méconnu, qui a offert à l’auditoire un florilège d’œuvres que l’on n’entend pas souvent : Claude Debussy, Domenico Scarlatti, Orlando Gibbons, Jean-Philippe Rameau et Frédéric Chopin. Le pianiste a offert un moment musical d’un très haut niveau, conjuguant avec une remarquable maîtrise la puissance du geste et la finesse de l’expression
Puis une première masterclass avec le baryton Philippe-Nicolas Martin et le pianiste Elie Sawma. Et, grande première, en ouverture, les deux professeurs donnent eux-mêmes un concert. Là aussi originalité dans le choix du programme axé sur la Mélodie française, genre peu connu au Liban. Œuvres de Jacques Ibert, Guy Ropartz, Maurice Ravel, Claude Debussy, Manuel Rosenthal, Hector Berlioz, Francis Poulenc. Le chanteur possède une voix d’une grande beauté, portée par une présence scénique à la fois naturelle et lumineuse. À ses côtés, le pianiste trouve le juste équilibre : discret sans jamais être absent, se mettant au service de la voix tout en affirmant une présence musicale sensible, précise et profondément efficace. Leur dialogue repose ainsi sur une écoute mutuelle, où chacun trouve naturellement sa place sans jamais empiéter sur celle de l’autre. Et c’était justement le propos de la masterclass où six chanteurs et quatre pianistes ont travaillé pendant cinq jours l’art de dialoguer en musique, entre voix et piano. La masterclass se clôt par un concert des élèves où chacun donne le meilleur de soi et constate combien les progrès ont été importants en quelques jours de formation.
Place maintenant à la masterclass du pianiste Patrick Fayad qui, pour la troisième année consécutive se consacre aux jeunes pianistes libanais et fait de la transmission une part essentielle de son engagement, à laquelle il dédie une grande partie de son temps. Six jeunes instrumentistes travaillent avec lui un programme très ambitieux consacré principalement à la musique romantique, qu’ils présentent dans le cadre d’un concert que lui-même clôt brillamment avec l’Intermezzo en la mineur de Bach -Busoni et le premier mouvement de la Sonate D. 784 de Franz Schubert.
Le dernier concert de la saison a une portée hautement symbolique car il est donné par Olga Bolun, exceptionnelle pianiste adorée de toute la planète musicale libanaise, trop tôt arrachée à l’affection des siens, à peine quelques jours après ce dernier événement musical organisé par LeBam. Les lecteurs de l’Agenda culturel connaissent bien cette association qui effectue un travail remarquable en mettant à la portée des enfants et des jeunes l’apprentissage des instruments à vent au sein de l’orchestre. Or LeBam venait de terminer son camp d’été et les professeurs, venus de différents horizons ont aimablement offert à Beit Tabaris un concert fort original constitué de musique de chambre pour instruments à vent et piano, avec une incursion fort remarquée d’une pièce pour percussion solo.
Enfin, divine surprise, les élèves eux-mêmes réclament un supplément de musique, un ultime week end de piano avec Elie Sawma qui revient volontiers les faire bénéficier de son expertise et de ses précieux conseils.
Durant ces six semaines, Beit Tabaris a résonné de musiques venues d’horizons différents. Les jeunes musiciens ont eu la chance de travailler auprès d’artistes et de pédagogues de grande qualité, d’approfondir leur pratique, de confronter leurs expériences et surtout de découvrir, au-delà de la technique, ce que signifie faire de la musique avec les autres.
Dans un Liban qui a plus que jamais besoin de lieux où la jeunesse puisse se construire, créer et croire en ses talents, Beit Tabaris affirme ainsi sa vocation. Celle d’une maison ouverte, vivante et exigeante, qui choisit de miser sur les jeunes générations et de leur offrir les rencontres, les outils et l’inspiration nécessaires pour poursuivre leur chemin.