Les 4 et 5 septembre prochains, le Rumman Music Festival revient à Tripoli pour une cinquième édition qui entend faire bien davantage que réunir des musiciens sur une scène. À Stereo Kawalis, dans les ruelles d’El Mina, artistes libanais et venus de la région se retrouveront pendant deux jours autour d’une scène indépendante en pleine effervescence, avec cette année une nouvelle ambition : accompagner aussi ceux qui font la musique, au-delà du temps du festival.
Lancé en 2022, le Rumman Music Festival est aujourd’hui le seul festival de musique indépendant organisé à Tripoli. Depuis sa première édition, il a accueilli plus de 3 500 spectateurs et plus de 50 artistes libanais et venus de la région, parmi lesquels El Waili, The Synaptik et TootArd. Mais son rôle dépasse celui d’un simple festival de musique : en attirant artistes et visiteurs à Tripoli et en travaillant avec les commerces et prestataires locaux, le festival affirme également son profond ancrage dans la ville et sa communauté.
Cette cinquième édition s’inscrit dans cette même volonté, tout en portant un regard particulier sur une nouvelle génération d’artistes, de musiciens et d’acteurs culturels. Tripoli, le Sud du Liban et le monde arabe y sont envisagés non pas comme des territoires isolés ou uniquement définis par leurs difficultés, mais comme les éléments d’une même géographie vivante, reliée par la musique, les mouvements, les échanges et une histoire commune. Dans une région constamment confrontée aux crises, le festival choisit ainsi de poser une autre question : plutôt que de reconstruire uniquement ce qui existait auparavant, pourquoi ne pas imaginer aussi ce qui n’a encore jamais existé ?
La programmation musicale reflète cette envie de décloisonnement. Le vendredi 4 septembre sera placé sous le signe de l’expérimentation, de la fusion et des croisements entre musiques arabes, rock, électronique, jazz et créations audiovisuelles. On y retrouvera notamment SANAM, sextet basé à Beyrouth qui mêle chanson arabe traditionnelle, poésie contemporaine, rock expérimental et improvisation, ainsi que Sham Lhawa et le duo beyrouthin Alsilk.
Parmi les propositions les plus singulières de cette première soirée, Black Mouse: Deconstructed transforme le court métrage primé d’Ahmad Naboulsi en performance audiovisuelle. La soprano libanaise Mona Hallab et l’artiste multidisciplinaire Mohamed Choucair y associent musique, voix et son autour de la Foire internationale de Tripoli, interrogeant à travers l’art notre rapport aux espaces publics, à leur mémoire et à leur possible réappropriation.
Le samedi 5 septembre fera davantage place au hip-hop, au rap, à l’alt-pop et aux nouvelles écritures urbaines avec Emsallam, rappeur, peintre et artiste audiovisuel jordano-palestinien, Ma-Beyn, artiste palestino-égyptienne dont l’univers traverse hip-hop, jazz, rock alternatif et musique électronique, ainsi que les Libanais Jamul et Bilel, ce dernier étant originaire de Tripoli. Une programmation qui fait dialoguer des artistes déjà affirmés et les voix d’une nouvelle génération.
Mais la grande nouveauté de cette édition se déroulera également en journée. En partenariat avec Tiny House Music, Rumman inaugure un programme professionnel de deux jours destiné aux artistes émergents du monde arabe. Ateliers sur les droits de propriété intellectuelle, l’édition et les licences musicales, rencontres avec des professionnels, mentorat, production, marketing et gestion de carrière permettront aux participants d’acquérir des outils concrets et, surtout, de créer des liens susceptibles de se prolonger bien après le festival.
Le lieu lui-même raconte une histoire qui rejoint parfaitement celle du projet. Stereo Kawalis occupe l’ancien Cinema Radio, cinéma Art déco inauguré en 1954 qui comptait autrefois plus de 700 places et participa pleinement à la vie culturelle de Tripoli avant de fermer ses portes en 1995. Rumman l’a fait renaître en 2023 pour en faire le plus grand espace indépendant consacré à la musique dans la ville.
Faire résonner aujourd’hui dans cet ancien cinéma les musiques d’une nouvelle génération prend alors tout son sens. Car derrière les concerts, les rencontres et la fête, Rumman défend depuis ses débuts une idée simple : la culture ne doit pas rester concentrée dans la capitale. Elle peut aussi contribuer à faire vivre une ville, à créer des liens, à soutenir son économie et, surtout, à permettre à une nouvelle génération d’y imaginer son avenir.
Rumman Music Festival 2026
4 et 5 septembre 2026
Stereo Kawalis, Labban Street, El Mina, Tripoli.
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