Le Liban est l’invité d’honneur de la 36e édition du festival Étonnants Voyageurs à Saint-Malo. Du 23 au 25 mai 2026, plus d’une vingtaine d’écrivains et d’artistes libanais sont conviés à venir partager, échanger, raconter avec leurs mots, leurs plumes, leur vision du monde.
Le choix du Liban avait été pris avant la reprise de la guerre. La dimension dramatique des derniers évènements donnera encore plus d’intensité aux récits et témoignages des auteurs invités. Figures confirmées de la littérature francophone comme Charif Majdalani, Sabil Ghoussoub, Sélim Nassib, ou jeunes écritures en devenir, comme Hala Moughanie, Manal Salamé, mais aussi des artistes, cinéastes, historiens comme Dima de Klerck, Danielle Arbid, Myriam El-Hajj ou l’illustratrice Lamia Ziadé, pour ne citer qu’elles, parleront au cours de rencontres, tables rondes, projections et performances, de leurs créations, de leur écriture, de leur regard sur le Liban. L’ancienne ministre de la Culture en France Rima Abdul Malak et directrice du quotidien l’Orient-Le-Jour rendra hommage aux poètes et à Vénus Khoury-Ghata récemment disparue.
L’art et la musique classique ne seront pas oubliés. Les Éditions Geuthner, dirigées par Myra Prince depuis 1998, spécialisées dans les études orientales, présenteront une sélection de leurs ouvrages en recherche et patrimoine. « Nous avons réussi à rester malgré les aléas, une petite maison d’édition indépendante, à la grande réputation » précise l’éditrice, qui pour ce salon choisit de donner un coup de projecteur à la collection de Zeina Saleh Kayali, « Figures Musicales du Liban » qui fête son dixième anniversaire. Dix volumes consacrés à la vie et l’œuvre de compositeurs de musique savante libanaise. Une série unique de biographies qui rassemble l’histoire de la création musicale du XXe siècle au Liban. Le dernier opus publié écrit par Sylviane Moukheiber, retrace la carrière et l’œuvre d’une interprète, l’une des premières cantatrices libanaise Samia Sandri. Très prochainement une monographie sur Zaki Nassif devrait venir compléter ce riche panorama.
« Nous avons voulu être présentes à ce salon, car le Liban est à l’honneur », explique Myra Prince. C’est non seulement une nécessité, mais une urgence de montrer le livre sous son angle culturel. Il est important de « résister activement » et de chercher à sortir de la spirale meurtrière de la guerre. Avec notre fonds, nous venons en complément des romans sélectionnés. Nous espérons rencontrer un public nouveau, plus large et l’intéresser à d’autres productions intellectuelles, comme l’histoire, l’architecture, mais aussi la création musicale.»
« Donner du Liban en contre-point de l’image habituelle de violence, de guerre, d’escrocs en tous genres, de banquiers véreux, une image de culture et de civilisation, voilà pourquoi je suis ici, » précise la musicologue Zeina Kayali. « Nous sommes un pays de littérature, les romans sont publiés en anglais, français, arabe, mais nous sommes aussi un pays de musique. Le nombre de compositeurs est bien plus important que dans tous les autres pays du Moyen-Orient. Quand j’ai créé la collection « Figures Musicales du Liban » en 2016, les mélomanes libanais sont tombés des nues. Ils découvraient qu’il y avait une musique classique libanaise et la richesse insoupçonnée du patrimoine musical. Les compositeurs comme Toufic El Bacha, Béchara El Khoury, Zad Moultaka, Gabriel Yared, Nagi Hakim, Toufic Succar, ont écrit des symphonies, des oratorios, des pièces musicales, que le public libanais ne connaissait pas. Il est vrai que le réveil a eu lieu avec l’exil, conséquence de la guerre civile. Après des études dans les conservatoires occidentaux, ils ont composé et joué plus fréquemment leurs œuvres dans leurs pays d’adoption que dans leur pays natal. L’objectif à Saint-Malo est de donner envie au public d’en savoir plus. Les jeunes libanais sont venus dernièrement sous les bombes à Beit-Tabaris à Beyrouth, pour assister à des Master-Class de musique, ils avaient une soif d’apprendre et de découverte impressionnante. »
Auteure d’une biographie hommage « Samia Sandri La Voix », l’une des premières cantatrices libanaises, Sylviane Moukheiber participe au festival dans le but de faire connaitre le parcours hors normes d’une femme exceptionnelle, artiste indépendante et courageuse qui s’est donnée pour mission, après une formation auprès des plus grands à Paris et Milan de faire découvrir et aimer l’opéra aux libanais. Surnommée la Callas du Liban, la voix de Samia Sandri a enchanté pendant toute la période de l’âge d’or, un public de mélomanes avertis, ses concerts faisaient salle comble. Défendre les artistes, musiciens et chanteurs, leur donner un statut respectable, créer une salle d’opéra, elle mettait la barre haut pour son pays. Ses recherches pour un Doctorat d’État vont initier une Science de la Voix.« Samia Sandri nous a quitté en 2025, sa biographie parue quelques jours avant son décès, a donné un coup de projecteur sur sa carrière » précise l’auteure. « On redécouvre les talents de cette artiste, mais aussi le Liban des années 60 où la création était foisonnante. J’espère que le public des Étonnants voyageurs verra un Liban méconnu, riche artistiquement et sera séduit par la vie et la personnalité créative et originale de la chanteuse lyrique”.
Trois jours qui feront voyager dans de luxuriants imaginaires. Ce salon littéraire breton qui rassemble plus de 200 invités venus du monde entier, et voit défiler plus de 50.000 visiteurs, sera sans conteste un tremplin pour les créateurs libanais et un juste pied de nez aux horreurs de la guerre que l’on veut désespérément infliger à cet héroïque petit pays.

