Zaki Nassif, ou le musicien qui « fédère tous les Libanais » L’OLJ / Par Joséphine HOBEIKA à Paris, le 1 juillet 2026 à 14h23 Photo Fadi Khalil
Dans le 11e volume de la collection « Figures musicales du Liban » des éditions Geuthner, Zeina Saleh Kayali a choisi de mettre ce « Chantre du terroir » à l’honneur.
Zaki Nassif, en juillet 1995. Photo Michel Sayegh / Archives L’Orient-Le Jour 1995-Juillet-Zaki Nassif. Photo Michel Sayegh/A
Cela fait 10 ans que la collection Figures musicales du Liban, dirigée par Zeina Saleh Kayali, œuvre à faire connaître et à documenter biographies et carrières des musiciens et musiciennes libanais(es). Deux ouvrages de référence ont précédé sa création, Compositeurs libanais des 20e et 21e siècles (2011), de la directrice avec Vincent Rouquès, puis La Vie musicale au Liban (2015) de la même autrice. Ces précieux outils de travail permettent de lancer une démarche de caractérisation des spécificités de la musique libanaise, dans toute sa diversité.
Marcher sur les pas d’un musicien est avant tout un travail de terrain. « Or il y a globalement assez peu d’archives écrites », déplore-t-elle. « C’est pour cela que j’ai fondé un centre d’archives à Jamhour, pour collecter les différents documents qui concernent le monde musical libanais. En somme, l’essentiel de mon travail de recherche se fonde sur des rencontres et des entretiens ».
Pour Zaki Nassif, différents proches du chanteur ont volontiers partagé leurs souvenirs, notamment son neveu, Nabil, le pianiste Abdelrahman Bacha, et Abdel Halim Caracalla. « Ce que j’ai rapidement constaté en écrivant mon livre, c’est à quel point Zaki Nassif fédère tous les Libanais, ce qui est rare dans le monde musical, l’un étant jugé trop occidental ou pas assez… Or ce musicien qui a traversé le XXe siècle est profondément apprécié, les gens sourient en l’évoquant, il a rendu ses proches et son public heureux, et les a marqués par sa bienveillance et sa sincérité », souligne la cofondatrice du festival Les Musicales du Liban, avec Georges Daccache.
Né il y a 110 ans, Zaki Nassif a connu l’Empire ottoman, le mandat français, l’indépendance et la guerre. « Il a eu sa période PPS (Parti populaire syrien NDLR) dont il a composé l’hymne, mais comme de nombreuses personnes de sa génération, il en est revenu », précise-t-elle. Il a néanmoins toujours gardé un esprit collectif. « Ce n’était pas le genre de soliste à s’écouter pendant des heures. Il a été pionnier dans l’introduction des chœurs, il aimait le genre de la dabké. Il a toujours écrit en arabe et il est écouté dans toutes les communautés du Liban », ajoute-t-elle.
L’affiche de l’événement organisé par Philokalia et sœur Marana autour de Zaki Nassif, pour célébrer les 110 ans de sa naissance. Photo Fadi Khalil
Un musicien aussi chevronné qu’éclectique
La réputation sentimentale et bucolique du compositeur ne doit pas pour autant occulter la solide formation qui sous-tend son écriture musicale. « Comme d’autres de sa génération, il a bénéficié d’un enseignement classique de haute volée. À l’instar de Toufic el-Bacha, il a été élève à l’Institut de la musique de l’Université américaine, dont les professeurs étaient des Russes blancs qui avaient fui la révolution bolchévique », explique Zeina Saleh Kayali.