Carlo Akatcherian : quand la musique rencontre le silence, de Nidal Haddad-Agenda culturel

LIVRE livre Nidal Haddad 06 octobre 2026 Agenda culturel

Dans son nouveau récit, Carlo Akatcherian explore les liens profonds entre musique, mémoire, silence et blessures de l’Histoire. Médecin et musicien, l’auteur fait de la musique bien plus qu’un simple fil conducteur : elle devient une manière de comprendre la douleur, les pertes et les mondes qui peuvent soudain basculer. À travers Armen, son piano et le thème de la surdité, le récit interroge également la mémoire, le déracinement et la part d’inachevé qui demeure en chacun de nous.

À l’occasion de la parution de son livre, LE SILENCE DES ALOUETTES, Carlo Akatcherian sera présent pour une séance de signature à la Bibliothèque municipale de Beyrouth, Monnot, le mardi 20 octobre 2026 à 18 h.

La musique semble structurer tout le récit. Quelle est sa place dans le récit et dans votre vie ?

La musique ne structure pas le récit en tant que telle, mais en tant qu’une passion comme une autre, tel un roman d’amour. De ce fait même, le récit est loin d’être une anthologie.

Par ailleurs, la musique a bercé mon enfance, mûri mon adolescence et accompli ma vocation. Du fait d’être un peu musicien, je pense avoir été un meilleur médecin, puisqu’il n’y a pas de douleur sans souffrance.

Le thème de la surdité est central. Que représente pour vous ce basculement du monde vers le silence ? Peut-on voir dans cette perte une métaphore plus large : l’identité, la mémoire, le déracinement… ?

Il n’y a que les sots qui vivent dans un seul monde ; il y a ceux qui en ont deux, et certains génies bien plus. Quand on voit s’évanouir l’un de ces mondes, la vie bascule du mauvais côté, surtout lorsqu’on se trouve soudain devant un mur infranchissable, tel un amour inaccompli.

La guerre est présente en arrière-plan sans toujours être frontale. Pourquoi ce choix de la suggérer plutôt que de la montrer directement ?

On a tellement parlé de la guerre, on en parle encore… et ce n’est pas fini. Voilà pourquoi, dans mon récit, j’en fais un élément déterminant, mais non point dominant.

Si vous deviez associer votre livre à une seule œuvre musicale, laquelle choisiriez-vous, et pourquoi ?

À la Symphonie inachevée de Schubert.

Je considère que dans l’art, et la musique en est un, il n’y a jamais d’« achèvement ». Les limites de la beauté, c’est l’infini.

Dans cette œuvre, Schubert nous dit : voilà, c’est tout, c’est à vous d’imaginer si vous voulez la suite. Il laisse prospérer le silence et nous renvoie vers des horizons divers, selon nos sentiments et nos ressentiments.

Mon récit ne s’arrête pas à la fin du dialogue d’Armen avec son piano, mais se prolonge par un nouveau départ qui entraîne le lecteur vers son imagination.

Vos personnages semblent habités par le passé et les souvenirs. Quelle place accordez-vous à la mémoire dans votre écriture ?

Je pense que mon écriture illustre bien cette phrase de Jean d’Ormesson : « Le présent sans le passé est aveugle. Le présent sans l’avenir est stérile. »

Dans mon récit, la place de la mémoire est dominante, et celle de mes personnages l’est encore plus parce qu’elle a été douloureuse, afin que l’oubli ne pardonne pas au crime qui en a été la cause.

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