Elias Elias : personne n’a demandé ces chansons, il les sort quand même-Agenda culturel

MUSIQUE musique 06 octobre 2026 Agenda culturel

Après près de vingt ans à écrire et composer des chansons sans toujours pouvoir leur donner la forme qu’il imaginait, Elias Elias leur offre une nouvelle vie grâce à l’intelligence artificielle. Entre musique, images et autodérision, Songs Nobody Wanted est une exploration créative qui prendra vie sur scène et à l’écran le 16 octobre à Brazzaville, à Beyrouth. Parce qu’après tout, même les chansons que personne n’a demandées méritent leur soirée.

Vous avez intitulé votre projet Songs Nobody Wanted. D’où vient ce titre ?
C’est un peu provocateur, mais surtout autodérisoire. J’écris des chansons depuis près de vingt ans. Certaines ont été enregistrées, d’autres sont restées dans des tiroirs. À un moment, je me suis dit que ce serait dommage de les laisser dormir encore vingt ans. Personne ne les a vraiment demandées… mais j’ai quand même eu envie de leur organiser une petite sortie !

Vous avez pourtant déjà travaillé avec plusieurs producteurs. Pourquoi changer de méthode ?
J’ai enregistré avec plusieurs producteurs au fil des années, mais souvent, malgré le temps et les budgets investis, on arrivait peut-être à 50 ou 70 % de ce que j’avais imaginé. Une production demande des moyens, du temps et beaucoup d’allers-retours. Avec une structure qui permettrait aux artistes d’investir davantage dans les arrangements et la production, j’aurais sans doute pu aller plus loin dans mes idées. Mais les conditions ne sont pas toujours réunies, et malheureusement encore moins au Liban.

C’est là que l’intelligence artificielle est entrée en jeu ?
Oui, je crois. Elle m’a redonné envie d’explorer mes chansons plus loin. Elle me permet de matérialiser des idées que je n’avais ni le temps ni le budget de réaliser, de tester différentes directions et de travailler les arrangements sans devoir mobiliser immédiatement une équipe et des moyens importants.
Ce n’est pas l’IA qui a écrit et composé ces chansons : elles existaient déjà. Elle m’offre de nouvelles façons de les développer et de leur donner une nouvelle vie. Si un jour, un morceau finit par trouver son public, je retournerai probablement en studio et j’investirai davantage pour le pousser plus loin. Pour l’instant, je m’adapte à l’époque et j’explore ces nouveaux outils et les possibilités qu’ils offrent.

Mais peut-on encore parler de création artistique quand l’IA intervient ?
Est-ce qu’un employé qui utilise ChatGPT ou Claude fait encore son travail ? (Rires.)
Plus sérieusement, je ne sais pas encore. C’est le débat du moment, et la question mérite d’être posée. Je pense que l’IA peut remplacer certaines tâches, mais pas le regard, l’expérience, l’humour ou les obsessions d’un artiste. Elle ne décide pas à ma place de ce que j’ai envie de raconter ni de l’univers que je veux construire. Elle ouvre des possibilités, mais il faut toujours faire des choix et avoir quelque chose à exprimer. La technologie peut faciliter la création, mais je ne pense pas qu’elle puisse remplacer ce qui fait battre le cœur d’une œuvre : l’émotion, l’amour, l’humour, la poésie ou la sensibilité de celui ou celle qui la crée. Au fond, la vraie question n’est peut-être pas ce que la technologie peut faire, mais ce qu’on a envie d’en faire.

Le titre cache-t-il aussi une forme de revanche ?
Peut-être, mais une revanche assez joyeuse. Je préfère l’autodérision à l’amertume. Personne n’a demandé ces chansons, je les ai faites quand même. Et maintenant, elles existent.

Votre projet mélange plusieurs styles et plusieurs univers, et ne se limite pas à la musique. C’était volontaire ?
Oui, parce que j’ai toujours imaginé des petites histoires, des personnages, des situations et des univers autour de mes chansons. Quand j’étais plus jeune, je dessinais beaucoup et je faisais des bandes dessinées. Aujourd’hui, les outils dont je dispose me permettent d’explorer aussi cette dimension visuelle. La musique est un prétexte pour raconter des histoires, dire des choses… et maintenant, je peux aussi leur donner des images. J’ai envie que chaque chanson ait sa propre identité, presque comme un petit film.
Il y a aussi toute une palette d’émotions dans ce projet : certaines chansons sont tristes, d’autres plus philosophiques, certaines sont humoristiques, d’autres plus profondes ou plus légères. Finalement, c’est un peu comme une montagne russe, comme la vie elle-même : on passe du rire à la mélancolie, de la réflexion à la légèreté.

Vous venez aussi de l’architecture et de la production événementielle. Quel lien faites-vous entre ces différentes activités ?
J’ai toujours aimé construire des choses, qu’il s’agisse d’un espace, d’un événement ou d’un univers artistique. J’ai travaillé dans l’architecture et la production, organisé beaucoup d’événements, mais j’ai toujours continué à écrire et à composer en parallèle. Au fond, je crois que je cherche toujours à raconter des histoires, simplement avec des moyens différents.

Le vendredi 16 octobre, vous présentez Songs Nobody Wanted à Brazzaville, à Beyrouth. Que va-t-il se passer ?
Ce ne sera pas un concert classique! Le format, c’est Live + Screen : vingt chansons, vingt vidéos projetées en plein air, des moments live et un univers un peu fou qui prend vie sur scène (comme à la maison) et à l’écran (comme au cinéma). Après des années à garder ces chansons dans mes tiroirs, j’ai enfin décidé de les sortir toutes en même temps, et je suis vraiment impatient de partager tout ça !

J’ai envie que le public puisse écouter, regarder, chanter et découvrir enfin mes petits univers. Il y aura de la musique, un peu de cinéma, des histoires et probablement un peu de chaos (rires) ! L’idée, c’est de partager tout ça, de passer un bon moment ensemble, et comme toujours, sans se prendre trop au sérieux. Même si personne n’a demandé ces chansons, tout le monde est invité !

Qu’aimeriez-vous que les gens retiennent du projet et de cette soirée ?
J’aimerais surtout qu’une chanson ou une image les fasse sourire, rêver ou réfléchir un peu à notre époque.

Et si personne ne voulait encore de ces chansons ?
Au moins, j’aurai passé une bonne soirée ! (Rires.)

Plus sérieusement, j’ai écrit plus de soixante textes et chansons au fil des années. Ce projet m’a donné envie de les ressortir, de jouer avec elles et surtout de ne plus attendre le moment parfait pour les partager.
Et puis, il y a une pensée qui me réconforte : je me dis que des artistes et des penseurs comme Nietzsche, Spinoza ou Baudelaire n’ont pas toujours été compris ni reconnus à leur juste valeur de leur vivant. Malgré les critiques, ils ont continué à créer et à défendre leur vision du monde. Alors, je me dis qu’il y a toujours un peu d’espoir pour que ces chansons trouvent leur public un jour ! (Rires.)
Je ne sais pas exactement où tout cela va mener, et ce n’est pas très important. Je teste, j’explore et je vois ce qui se passe. C’est aussi ça qui me plaît!


Pour découvrir le projet
Songs Nobody Wanted | A Songwriter’s Night
📅 Vendredi 16 octobre 2026, à 20 h
📍 Brazzaville, Beyrouth
🎟️ Informations et réservations : https://www.facebook.com/events/3592319970944455/


🎵 Écouter les chansons : https://linktr.ee/eliasmaroun
🎬 Voir les clips :https://www.youtube.com/watch?v=glUIkkRPKjw&list=PLUn6UOFs9Cx8
📸 Suivre Elias Elias sur Instagram : https://www.instagram.com/eliasmaroun_/

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